Verkor au bord du précipice : Renault menace de rompre avec son fournisseur de batteries français
La start-up française Verkor, unique fournisseur de batteries de Renault, se retrouve dans une position critique. Le constructeur au losange réclame une remise à plat complète de leur partenariat, invoquant des retards de production et un écart de compétitivité jugé insupportable.
Un contrat qui tourne au bras de fer
Fondée en 2020 et dotée d'une usine à Dunkerque, Verkor avait décroché un contrat ambitieux avec Renault, son actionnaire à hauteur de 12 % et son seul client à ce jour. L'accord initial prévoyait des commandes annuelles de 12 GWh de batteries — soit l'essentiel de la capacité de l'usine. Aujourd'hui, les commandes fermes plafonnent à environ 3 GWh, soit à peine un quart du volume promis.
Renault ne mâche pas ses mots. Le groupe affirme que « les écarts de compétitivité de Verkor par rapport à des produits similaires fabriqués en Europe se sont fortement accrus ces derniers mois et ne peuvent pas être absorbés par Renault ». Une formulation qui sonne comme un ultimatum, dans un contexte difficile pour l'ensemble de la filière batterie européenne, où plusieurs projets industriels ont récemment été remis en cause.
Deux griefs majeurs pointés par le constructeur
- Un retard de fabrication d'environ 18 mois, qui a contraint Renault à s'approvisionner auprès d'autres fournisseurs, dont le coréen LG pour les packs batterie de l'Alpine A390 GT.
- Un déficit de compétitivité-prix jugé trop important face aux cellules équivalentes produites ailleurs en Europe, selon l'AFP.
Conséquence directe : Renault a déjà écarté Verkor pour équiper son nouveau Master électrique. Le constructeur exige désormais « une feuille de route crédible et une gouvernance crédible, tenant compte du préjudice envers Renault ».
Des modèles phares en jeu
Verkor fournit actuellement les batteries de l'Alpine A390, d'une partie de la production du Renault Scénic E-Tech ainsi que de l'utilitaire FlexEVan. Ce sont ces programmes qui constituent l'essentiel de son activité réelle, loin des volumes initialement contractualisés.
L'enjeu financier est considérable. L'entreprise a englouti 1,5 milliard d'euros dans son outil industriel dunkerquois, dont près de la moitié provient d'aides publiques. Perdre Renault reviendrait à perdre la quasi-totalité de ses débouchés commerciaux.
Verkor promet de redresser la barre
Face à la pression, la start-up a réagi rapidement. Dans un communiqué, elle s'est engagée à lancer la production en série de ses batteries « au second semestre 2026 », tout en assurant poursuivre « très activement » ses efforts pour améliorer sa compétitivité.
Verkor dit être pleinement consciente « de la pression concurrentielle du marché » et affirme travailler de concert avec Renault pour apporter des réponses concrètes. Reste à savoir si ces engagements suffiront à convaincre un partenaire visiblement à bout de patience. La survie industrielle de l'un des rares acteurs français de la filière batterie en dépend — à l'heure où d'autres acteurs, à l'image de Stellantis qui investit massivement en France, redessinent la carte de la production hexagonale.
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